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50 ans de solitude

Editos   -   02.03.2010

Chez les élites, le business, les marques et le shopping ont remplacé le débat d’idées. Jusqu’à quand ?

Qui se souvient du rapport du cinquantenaire, ce travail titanesque mené par une équipe marocaine de chercheurs sur un demi-siècle d’évolution du Maroc sous la houlette du Conseiller Royal Abdelaziz Meziane Belfquih? Le rapport sur «50 ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025» sorti il y a près de quatre ans se voulait une offre de débat devant interpeller les élites, les médias, les intellectuels, les partis sur le «Maroc possible». Un résumé du rapport a été proposé aux lecteurs à un prix modique et un site internet a été mis en ligne à cet effet. Objectif : multiplier les échanges et initier un mouvement d’idées… Aujourd’hui, le site internet (www.rdh50.ma ) est inaccessible, «down» comme on dit dans le jargon des télécoms, et personne ne se souvient plus de l’existence de ce rapport sauf le parti de Fouad Ali El Himma qui le cite de temps à autre comme faisant partie de son référentiel. Pourtant, le rapport du cinquantenaire méritait meilleur destin. Il devait initier une dynamique intellectuelle à l’intérieur du pays pour réfléchir justement sur le «Maroc possible» et ouvrir des espaces de débats pouvant aboutir à des projets de réforme ou à l’ouverture de chantiers de réflexion. Il n’en est finalement rien et ce n’est pas étonnant. Nous sommes dans un pays où les élites ont depuis longtemps démissionné de leur rôle, où la circulation des idées est très limitée. Le shopping, les marques et le business meublent les discussions de fin de semaine dans les salons nantis de Casablanca et de Rabat tandis que la majorité de la population se bat au quotidien pour gagner à peine sa vie. La lecture des journaux est faible et celle des livres relève du confidentiel. Face à l’absence d’intérêt de la société pour des démarches comme le rapport du cinquantenaire et aux débats d’idées en général, les chercheurs et les intellectuels doivent sentir une immense solitude. Pourvu que ça change d’ici les prochaines cinquante années !

Abdelkhalek Zyne

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